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Sonnets élisabéthains

vendredi 4 janvier 2013, par Laurent Fourcaut dans la rubrique Plexus-S, auteurs invités

Je repique au truc au grand niais d’alexandrin
m’a fait un sacré gringue à voix d’orde sirène
en vain j’implorai la rescousse au sanhédrin
en pure perte j’ai recouru au saint chrême

en désespoir de cause allégeance au quatrain
que j’arrose de mon sang d’encre cette arène
n’empêche que je passe aux yeux pour boute-en-train
quand ma vie constipée n’est plus qu’un long carême

referai-je mon cher le fastidieux listing
des corps trop féminins qui me dévastent l’âme
dont mon vers se voudrait entre deux blancs le string
mais toujours il redoute ô césure la lame

sonnet nouveau tu vois est élisabéthain
son envol il le prend quand un monde s’éteint

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Blue Fish serait son nom si c’était l’Angleterre
des jouets traînent au sol c’est plutôt familial
la musique bien sûr refuse de se taire
c’est tout petit pas crocodile mais gavial

« sa femme est tombée enceinte » le solitaire
que je suis céans s’abandonne au diluvial
flux de sons humains foireux et doux un cautère
sur le bobo qui vient de ce qu’on est filial

avec Jean on a dîné au restau La Vierge
de la Réunion c’est très bon et le pinard
s’il est cher est extra ravivant de la verge
le vouloir assoupi qui se pensait peinard

Pierre c’est laborieux ? pardi je fais mes gammes !
puissé-je aller en paradis avec F. Jammes

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Chaque fois que la porte du bistro s’entrouvre
que l’on entre ou qu’on sorte un courant d’air glacé
me vient lécher la cuisse or je l’ai plus qu’assez
frileuse aux gémonies je les voue et revoue

je les voudrais encore et toujours tabasser
leur infliger des plaies comme on n’en voit qu’au Louvre
leur faire regretter les boyaux de la louve
c’est défendu hélas je dois le rêvasser

en outre tu sais quoi ? ici la Leffe est brune
elle verse du feu dedans sur ma gastro
le cycle de mes flux me raccorde à la lune
saurai-je de ce ciel être jamais l’astro-

nome quand mon regard est rivé sur la porte
m’empêchant de songer aux choses qui importent

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Ça va-t-y à Gabès Pierre le déserteur  ?
je veux dire au désert réservant ta science
dont sera plus Tunis laissée l’apiculteur
à la ferveur du Sud sèche tu te fiances

moi j’opte pour le nord-ouest pays de la teur-
goule un lourd riz au lait composé d’une alliance
de riz de lait de sucre qu’un torréfacteur
a caramélisé j’oublie le beurre rance

dont se délectait Jean je parle de Follain
qui gît paix à ses os à Canisy en Manche
dont il a sanctifié bas en haut les vilains
égalés par ses vers à de patients Comanches

heureux homme qu’éveille à l’aube le muezzin
on n’a pas ça sais-tu chez nous en magasin

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« L’onde de choc de la perte du AAA »
ami ce sont les news qu’en dit-on dans les sables
de Gabès ? l’encre en est bue jadis du RUA
la piscine m’émerveillait impérissable

car elle était salée étant dans le port d’A-
lger on s’y rendait sur un canot peu d’encabl-
ures on y était le top nec plus ultra
c’était les chips des vraies leur saveur délectable

rimait avec le sel qui moirait la verte eau
posés sur le ciment on voyait bien la ville
humant l’odeur de mer barrée d’aucun veto
hantée de zéro monstre aimé de nul Melville

que c’est triste Le Monde à l’aune du désir
qu’est-ce que je fais là à rêver à moisir ?

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Complètement fourbu grippé le nez qui coule
tel est mon cher ami l’état calamiteux
dans lequel je fis cours maintenant je m’écroule
au bistro où j’ai chaud l’air hagard l’œil vitreux

j’y retrouve Allais dont le fantôme se saoule
d’absinthes répétées moi le nécessiteux
je me borne à la bière adulée de la moule
et lève mon verre à la santé des piteux

heureusement la rime à notre vient rescousse
dans le vide elle fixe un clou où accrocher
le filet où s’échoue tombé le petit mousse
quand il a ras le bol de pousser son rocher

l’alexandrin nous bourre le mou il nous gruge
trop de plein délié on perd de vue le muge

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