Plexus-S

un site proposé par Mathieu Brosseau

À propos       Bio et présentation       Liens       Agenda      Contact     
L’espèce

dimanche 20 décembre 2009 dans la rubrique Publications

Préface de Fabrice Thumerel

« Le mot humain est une prophétie d’animal ; la parole appelle, ne nomme pas » Valère NOVARINA, Pendant la matière

Si, par commodité, le poète habite l’espèce, avec Mathieu Brosseau il retrouve l’ambition que l’on croyait quelque peu perdue, celle d’ouvrir l’espace comme l’espèce. Ouvrir l’espèce, c’est faire place à l’animal : c’est alors que les signes se font singes. Et si le poète singe l’homme, c’est qu’il est passé maître dans l’art de faire déraper les signifiants et les signifiés, grimacer les images toutes faites, résonner le silence en le peuplant de mystérieuses pantomimes. D’explorer son devenir-autre jusqu’à son devenir-charogne : ni Autre, ni (d’)Ailleurs – comme au bon vieux temps de la poésie métaphysiquée, sans ailes de géant, il se meut dans l’étant comme dans les temps, entre les espaces comme les espèces ; sans pose ni glose, sans gesticuler ni majusculer, il voit notre monde de l’autre côté, depuis l’impensable fin, « l’obscénité du devenir. » Telle est sa monstruosité. Le poète, suggère Mathieu Brosseau, est ce passeur qui n’est que dans le perpétuel va-et-vient entre deux rives : identité et altérité, unicité et multiplicité, parole et silence, présence et absence, diction et contre-diction… Hanté par un paradis perdu, il conçoit la poésie comme un négatif du monde. Être de l’entre-deux, il lui restitue sa puissance liante et niante. La poésie de Mathieu Brosseau tire sa force autant, voire plus, de l’hypothétique que de l’hypnotique. Par exemple, « si de la littérature il ne fallait rien dire ni lire » ? Il nous faudrait alors être avec les animaux dans la matière, nous taire avec les choses, faire avec notre devenir-idiot et « frotter les langues » entre elles comme des cailloux. Bas les masques, dit le poète, Je est personne : c’est parce qu’il affronte la non-représentation et la dépersonnalisation, qu’il se confronte au non-être qu’il est. La transe poétique réside précisément dans la traversée de l’espèce. Le poète, si c’est un homme, est un dépeupleur. De cette espèce qui interroge l’appartenance. Qui sonde le vide et le silence. Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire (formule novarinienne et antiwittgensteinnienne).

Fabrice THUMEREL

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | réalisé par Rature.net