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Merveille liquide

lundi 25 juillet 2011, par Mathieu Brosseau, Philippe Cou dans la rubrique Laboratoire d'écritures

Texte initialement paru sur le site de Pierre Ménard, Marelle. Et écrit à quatre mains, avec Philippe Cou.

Ici, une ligne de vie est aussi une ligne de mer, et le savoir permet de soustraire. De soustraire les eaux, les condiments, les sels et quelques lumières. Quelques sphères pour savoir plonger les mets en eaux sales. Avec les pièges. Pour dérouler les linceuls comme ligne, comme linge au soleil, comme trouille sur les vagues, comme va-et-vient exclu de l’unité. La mort à tout va. Sachant cela, on peut louer la dégringolade, rieuse, et blaguer les eaux fortes. On peut mousser les embouchures en quelques éclats d’écume, dévalant les parois de sel. Des additions de lignes comme qui venaient en colle, mais qui font rire mômes. Tout cela sur les pièges. Des pièges en vacarme de mémoire.

(Main écouteur ongle phalanges, il faut s’y résoudre)

Ici l’écaille et l’absence de paupière sécrètent des mondes différents, blancs de bancs de secs, et les gamins glissent des môles, sur le vert, en plongeon propulsé d’épaule. Pas de bordures, pas de route, seuls jalons coulés dans les pneus noirs des regards.

la France et sa main
la France et ses mains d’œuvre
la France et ses grands siècles
Ma main ? Travailleurs, elle se décompose. Et c’est dans un fracas de rire qu’elle donnera l’humus de votre nation.

(Radio condensateur station résistance, émission du silence, bande passante)

Le thé, ce liquide ingéré brûle invariablement les yeux dans quelques cendres. On s´y colle, la variation fait ciller, la masse hésite et le doigt planté quelque part au-dessus de la tête fait basculer le corps autour de son axe. C´est une dégringolade, une chute en rotation autour du pieu, un viol de nos sécheresses, de notre temps et de notre va-et-vient.

(Wolof peul créole swahili, la perle retrouvée du Sahel)

Le thé assèche le décor et les regards, maintenant seuls et propulsés d´épaules, accompagnent la poussée des mondes dans un férocité étrangement muette. Les directions se font signe, se marquent dans le cadre et se superposent. C´est là toute la magie du soir. C’est là où la mémoire se couche : ce qu’il nous reste du Temps.

(Appât mitraille congre palangre, vent sifflant d’entre tes yeux)

Là, encore, côte africaine, sables cassés, pirogues de noix, seront sur les eaux toute perche pointée tout piège, là encore, seront cadres les gestes et les dents. La mort revient, très vite. Seront addition de lignes sur la côte africaine, rieuse dans ses bancs, sous écaille verte et camouflée, dans la cour des pilleurs et des bonnes gens qui tentent. Seront famille, seront secours, dans la dégringolade et le thé pourra être noir dans la chute qui te mène au soleil. C’est le sommeil jaune.

(Rostre doris caudale sillon, la voix issue des maillons de mer)

Là, encore, côte coulée, dans les soustractions, nous nous brûlerons, amarre filante, dans les nœuds des hommes des quais, rieurs, et dans l’odeur de pèche, sur la côte coulée, vert vague du banc, pneus noirs du regard, bascule de la masse dans nos directions. Ce sera la magie de la trouille, pour le blanc rieur, un filet gris des terres, reste de tell marin devant les marches de l’Europe.

(Si le monde était vrai, nous ne saurions mourir, tête-à-mot)

Je ne cesse de le voir, abattu et chaloupé, crapahuté, déchiré d’en vague, sur la terre la marée me remonte. Elle me voit mourir à l’orée des fluides. Le sachant, je m’asperge. Ma soeur, mon eau vive. Je trempe ce corps sur les morts assemblés, fort d’avoir toujours su qu’il ne peut s’agir de moi à l’intérieur du temps. Sec des mémoires et des terres abattues.

(Cumule pointe levier mât, c’est l’œil dardé, la pointe du regard)

Ne veut pas revenir, Europe des terres rebattues. Stupeur. Merveille liquide, vertige animé par les gouffres et les étoiles saillantes. Relief inversé du regard. Vision plaquée sur le monde. Splendeur de l’air, de la voix de l’endormie marine qui s’adresse au soleil. Flotte sous la tourmente, six pieds sous mer, le regard droit et infaillible de celle qui ’renaît dans ma bouche’.

(initié danse poussière danse rythme casse parle)

La trace sur la terre se lit d’un trait dans la spirale de l’œil qui se retourne. Dogon octogonal se jouant des sphères. Patrie du regard qui se résout à son point fixe. Cruel pour la peur. Index brandi pointant l’animal au-dedans, filet gris d’éther. Lecture tangentielle tournant et tournant encore. Que dire de l’Europe ? Apnée du sommeil, du vivre qui se quitte. Que dire du soleil ? qui immole la lueur dans le foyer dansant de mon cerveau. Elle danse et prédit ce que, sans cesse, tu reconnais. Dans l’intérieur clos, c’est le désordre des climats.

(pour s’adoucir précisément à chaque cendre, histoire)

Le départ compte, et ne s’oppose qu’à l’objectif. Vision obscure de l’objet. Le Temps compte, et ne s’oppose qu’à la marche. Que compter dans les perles ? Je descends mon poignet dans le seau de fèves, tout à plaisir. Je descends mon poignet dans les bans, dans les flottes de mers qui me vertigent, dessus les pilleurs passés, dessus les égards des flottes. Seront tous famille, fèves, départ, plaisir et bans, dans mes cambuses séches, au centre de la ruine que je compose... à moi tout seul.

(peur oui peur, tourmente dans l’avant-dire qui se fixe)

Là, depuis, essouflés, amers, visions, partout, niés d’essence et coulés, avons compté les coques douces, balourdes et balances, sur le reggae sectionné de tes houles, eau sotte, dans la baie des manches, dans les manches des iles, près des ils dangereux. Là, depuis, tous les axes balourdent au rhum, dans le créole des index, langue pubère, peu formée, six pieds de traite. Six coups dans la tête, sonne la parois de verre. Sonne l’obscur réveil d’avant-dire.

(sous le sommeil, la mer)

Oeil clos, défoncé d’astres en lumière. Vestige du vertige d’avant-naître. Image imprégnée sur la rétine, au bout de l’os. Plongé d’espaces, vision du désastre. Tu te retrouves là, coeur en vrac sous les décombres et poussières volatiles à respirer du sol et de la terre. Fait d’eau, tu bouillonnes ce désert plat, tu en fais une mer de terre, une mémoire de tes yeux. Os brandi, érection du phallus d’or : sous la mer, la durée.

(équation, saurons-nous dire un jour la terre ?)

Ne veut revenir, là encore, comme sans sol, comme dessolé sur les adrets liquides, près des ils dangeureux et dans les poussières des fonds. Les lignes sont tendues. Comme des pauvres. Et la terre africaine se moue comme la mer, dans les brassades des remontées de lignes, tout à la poisse, tout aux écailles. Une pêche couteau, apparts rouges, crocs. La neige est fondue sur le sol d’ivoire, la colonne de l’histoire.

(carangue sans toute explication, vigoureuse)

Ici, une ligne de mer couche sur bois, taillé en creux, où se déroulent les linceuls, dessus les lames sales et la puberté te souche jeune sans poil dans les échardes. Les hâles et respirations se font plus courts. La colère se fait centre. Les nerfs émergent en bordure de peau. Sommes pilleurs sous la génisse, sous le scorpion, sous le grand tamis lumineux, sommes pilleurs en lamparo dans la chasse de nuit. Sommes pilleurs d’espions sous le soleil de serpent. La goule se dessine dans le crâne autant que sur la voûte.

(tue et tronçonne et empoisse, mordille le bâton du clown)

_ Nantes, La Rochelle, Bordeaux _ pavés des monnaies _ pavés des peaux noires

Ici la chasse a retenti hier. Ici la chasse est différente. Ici la chasse s’est payée sur la peau, sur les déportations et les ventres en bois de nefs. Et toutes les peaux pubères des villages loin, des villages d’autres langues, sont parties pour sueur. Les armoiries se sont faits écu sur le sel de l’épiderme. Les bustes, plaqués au sol, marquent la terre d’un X rougi par le désespoir. La faim est longue, les dents se cassent.

(du ventre sur du visage, en veux-tu en voilà)

La ligne des eaux ici, là, n’est pas de partage. La ligne des eaux, ici, loin vers le nord, est une ligne de vol et certains oiseaux rebroussent chemin. Nous trouvons des garçons noirs gelés, une haute altitude, des retours sans ménage. Des marécages percés d’épines. Sommes soumis à la police, comme aux lois des airs. Ici la ligne des eaux pue. C’est la loi des nombres. Ils flottent sur une mer de glaires délicieux. Un mal que l’on aime, comme tripes au fourneau.

(vagues sables sous les courants, vapeur de l’inscrit)

Dans la ronde de la nuit noire, dans la marche sombre sous les têtes éclairées d’épingles, dans les bras bercés et les baluchons, sous les pneus et sous la tôle, la roue sans fond. La route suivie sans dire mot, sans avant-garde. Le réflexe s’empare du contrôle, dérapage sur eaux dures, demi-tour recroquevillé, la mort au checkpoint.

(De d’eau plein la gueule, station balnéaire entre les dents, surf musculaire)

Clos, là. Peau de sable, l’air circonscrit la chair. Que dirait-on d’un fémur liquide ? Et pourtant, siège-là la dépendance. Et pourtant, cela n’existe pas. Pas plus que l’inter------dit.

(Coupé par le lait, le sens est donné par le grand absent, silences des Lumières)

En haute attitude, cela n’existe pas et pourtant les doigts se coupent, noirs déchus, mais doigts qui ne fondent pas, pas sucres, pas sels, souriants étals, sous les altitudes. Depuis l’avion, les villages s’équationnent en peul, wolof, langues diées. De la plaine au plateau. L’altitude qui donne la cosmologie, l’image des étoiles reliées, l’espoir d’une grille donnée par l’absent de toute humanité.

(Coton comme ronce, chevilles pliées, saurons jamais la dispersion des peaux noires sur colonies)

Alors avons un peu, avons alors bu et pas pu car blancs car pas pêches dans les cotonnades et avons suffi, lourds avachis, dans la cale en bois, sur les planchers pas sûrs et sur les chevilles pas sures, dans les airs chauds de la cale en bois, avons décroché la bière chaude, sans fond et avons perdu. Le mil pilé par le rythme plus que par l’effort, l’alcool bu par la chaleur plus que par la gorge. Les eaux s’évaporent en sable frémissant, le sec fait l’os et nous rend à nous-même dans la limite de notre porosité.

(sommes levure, sommes houblon, pris bouillon, lutte violente contre la spontanéité)

Et comme pour toute frontière, j’ai ma langue. Cogne, frappe, percute les lignes, étend la possibilité d’être, envahit les envahisseurs, cogne, frappe, percute l’Autre quand il t’écoute, parle lui ta langue et tu le parleras. Les gardes frontières posent les nations. Prends soin de ne pas conquérir ce qui pourrait t’aliéner par quelques fils solaires. C’est toi l’ennemi quand tu dresses la langue comme un pieu. Cogne, frappe, percute le réel avant qu’il ne te dise.

Alors prenons la mesure, d’entre toute frontière car blancs et secs, et dans les dents carions les sons, perçons la citerne, sèche, largons l’annexe. Comme pas les réflexes, prenons ta mesure, ta puberté sous ta colère en dents, et décrochons les fers.

(sommes si fins)

Mathieu Brosseau & Philippe Cou

(16/05/08)

Voir en ligne : http://www.marelle.cafewiki.org/ind...

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