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Cher ami,

vendredi 27 janvier 2012, par Mathieu Brosseau dans la rubrique Projets et actus

Cher ami,

Pardonne-moi de n’avoir donné guère de nouvelles ces derniers temps mais, comme tu le sais, j’ai traversé des moments difficiles. Ceux-ci ont affecté le trajet intellectuel que je croyais être le mien. Car tout trajet est à l’épreuve de la seule volonté, n’est-ce pas ? Depuis fin mai 2011 je suis en guerre contre des systèmes. Contre ceux qui me racontaient jusqu’alors. Je me suis décidé à haïr tout ce qui tourne et incessamment refait surface. Y compris, les nobles ambitions casse-dogmes qui étaient les miennes.

J’ai donc commencé par mettre un terme à certaines de mes graves addictions, celles qui me permettaient de me croire aussi libre que libéré – voire libérateur.

Enfin, j’ai pris en dégoût le système du milieu de la poésie contemporaine ainsi que sa mythologie.

Toute son ambition, sa fermeture et son quant-à-soi. Je ne suis pas un ambitieux, cher ami, et je vomis l’entre-soi des soirées poétiques. De salons en lectures institutionnelles, de dîners intéressés en beuveries du mal-être, toutes et tous se conjuguent pour croire et faire croire que la création est un enjeu aussi spirituel que social et partant, font de leur écriture un espace partageable, où les parties seraient à comparer, un spectacle en somme ! Une mise en résonance des priorités de chacun afin qu’apparaissent au mieux les singularités de tous.

Et qui gesticulera le plus sur scène, gesticulera le mieux ! Et qui aura la voix qui porte fera autorité sur l’esprit. Une représentation donnant leur réalité aux désirs. Leur fiction aux inquiets sans histoire.

Par ailleurs, nombre de poètes se plaignent de n’avoir ni auditeur ni lecteur ! Que le roman qui raconte a pris la place du poème qui suggère. Que le récit a pris tout l’espace de la lecture quand l’éditeur est là pour proposer au plus grand nombre une sublimation de la vie propre en proposant des fictions impropres (c’est à dire qui n’appartiennent à personne en particulier et donc à tous).

Je rejette aujourd’hui toute forme de reconnaissance personnelle et narcissique par l’écriture. Cela ne m’intéresse pas. Et, je ne supporte plus les systèmes littéraires dans lesquels je me trouvais auparavant enfermé. Les systèmes spirituels, voire stylistiques ou sémantiques à l’intérieur desquels je faisais du même sur le même. Je tournais, tournais. A vouloir fuir, on se retrouve malgré tout, soi-même, partout et où qu’on aille. C’est le poids de l’os, tu ne crois pas ?

Je n’ai pas écrit une seule ligne depuis fin mai 2011. J’ai refusé toutes les lectures publiques qu’on m’a proposées. Et les rencontres – réelles ou imaginées – avec des écrivains me fatiguent. Ne nous mentons en rien : l’époque n’est plus à la poésie ni aux poètes. N’appartenons plus aux systèmes poussiéreux, ceux qui nous font traverser des territoires déjà conquis ! Et, par avance, j’ai pitié de ceux qui s’en diront les propriétaires ! Quiconque se réclamant ouvertement poète est pour moi un imposteur.

Surtout lorsque celui-ci s’inscrit socialement comme tel. Ces poètes officiels s’investissent dans un système comme ils pourraient ouvrir un compte en banque. De la poésie, ils font leur profession. Ils s’inscrivent au monde et s’interrogent sur un mode d’habitation de celui-ci. Et ils parlent de langue et de fracture mallarméenne. Et ils ressassent. Il n’y a pas eu d’avancée depuis trop longtemps, ni sur le plan théorique ni sur le plan esthétique.

Et tu vois, cher ami, je me sens trop faible pour appréhender tantôt ce désert, tantôt ces impostures. Alors, j’essaie de ne pas y penser trop. C’est pourquoi, je n’ai plus donné de nouvelle ces derniers mois.

Reviendrai-je un jour en écriture ? Certainement. Continuerai-je à publier sur Plexus-S ? Sans doute car je ne renie aucunement les étapes passées même si j’en dénonce l’esprit. Je ferai mémoire. Et je donnerai encore place aux voix équivoques, celles qui ne se servent pas du texte pour prouver leur ambition ou tracer leur trajet ! Car, répétons-le, tout trajet est à l’épreuve de la seule volonté et le seul destin qui soit est celui du système clos des langues.

En tous les cas, je ne reviendrai jamais en littérature, en ce sens où je ne participerai plus à la société des littérateurs, si sensible aux mouvements de modes. Je ne crois pas en leur fiction, inscrite dans une démarche ET dans un temps.

Les littérateurs se trompent et c’est une frénésie libidinale – immédiate – qui guide leur stylo. Leur reflet, là dans le miroir, les émoustille. Ils se plaisent à eux-mêmes.

Alors, les systèmes, les toxiques rassurants, les lectures publiques, les ambitions, la communauté d’intérêts intellectuels, les psychotropes, les retours d’ascenseur, mimétisme et échange de bons procédés, le narcissisme (défaut si bien toléré en société ! puisque chacun a ses intérêts personnels à préserver), tout cela, vraiment ce n’est plus pour moi.

Tu sais, vers 16 ans, j’ai rencontré puis côtoyé un groupe de jeunes gens, presque de mon âge, au pouvoir de persuasion intense, aux traits marqués par une révolte qui ne disait pas encore son nom.

Ils se disaient poètes eux aussi ! Mais je leur ai pardonnés depuis tant le fantasme de la transfiguration poétique habite la jeunesse. Ils représentaient aussi pour moi le désir de révolution mentale perpétuelle, le souhait d’un refus d’être et d’un soi à muter sans cesse, en vue de se libérer des systèmes. Or la révolte est aussi un système en soi qui a ses codes et ses lois, tu le sais bien.

De cette rencontre, j’ai théorisé et mis en pratique l’identité mouvante et fuyante, par conséquent indéfinissable. Une transpersonnalité, en quelque sorte. Or qu’y a-t-il de plus instable et destructeur psychiquement au final que ceci ? Dès que j’étais, ou prenais conscience d’un système me définissant, je l’invalidais de suite, prenant une posture nouvelle, pas encore expérimentée par moi. Une suite de masques façonnait alors ma personnalité censurée.

Je n’ai plus jamais revu ces jeunes gens. Je n’en ai pas pour autant été libéré du sillage, le leur, dans lequel ils m’avaient placé.

Puis j’ai tenté d’investir le champ poétique contemporain en veillant à me placer hors-cadre. Sans doute, et je le reconnais aujourd’hui, dans une visée narcissique masturbatoire.

Tu sais bien, cher ami, que l’incarnation de l’ailleurs est éphémère. Et n’a qu’un temps. Aussi, bien sûr étais-je dans l’erreur. La même erreur de celui qui pense pouvoir rendre captif – pour de bon – ce qui n’a pas encore été formulé, ce qui n’est pas encore advenu.

En ce sens, j’ai voulu, un moment, être frère de ceux qui tentent d’attraper l’inénarrable. De ceux qui coulent l’expression de l’être dans un processus esthétisant qui raconte ce qui se dit avant le récit, avant l’histoire, précisément avant ce qui m’était auparavant intolérable : la définition et ce qui fait mémoire.

Aussi, me suis-je noyé dans les toxiques pour oublier ce qui me formulait. Et tu le sais bien, je me tuais et me violais, j’asphyxiais tout ce qui pouvait me donner nom. Je me tranchais les bras, je parasitais ma parole par des associations délétères. Dans la terreur absolue, sans doute, d’assumer mon propre être-au-monde, mon être-là qui demeurait pourtant l’évidence.

Ainsi, j’ai admiré les fous, ceux que l’on dit fous, croyant qu’ils étaient les libres, les seuls insoumis d’un système de reconnaissance social que je rejetais. Et je me suis mis à croire que j’étais comme eux, déstructuré, au point d’arriver à casser les dogmes, passant par l’informulé. Renouvelant la formule magique précédant la structure de tout récit.

Et grand fou que je croyais être, je suis passé d’éditeur en éditeur, souhaitant être lu par le plus large public. Je leur proposais ma belle parole, celle qui se voulait précéder l’histoire, être la pré-formule de toute narration mais qui, in fine, ne consistait qu’en l’accouchement d’une non-définition de soi !

D’une souris, puis-je dire aujourd’hui, car je n’ai rien d’un fou ! Les médecins m’ont cru autant que j’y ai cru ! Ils ont donné raison à la fiction dans laquelle je m’inscrivais. Et, vois-tu cher ami, faisant cela et participant indirectement à ma poétique, alors en phase d’avortement, ils favorisaient justement ce que je refusais : ils me donnaient définition et m’offraient la possibilité d’avoir une figure sociale !

Validant ma proposition, mon fantasme de folie, ils m’ont apporté sans le savoir ma propre contradiction. Je devenais le fou du système social que j’avais moi-même fantasmé. Je devenais l’inconnu dans l’équation, c’est-à-dire celui qui est à trouver et par voie de conséquence, à tuer !

J’étais alors piégé et pour unique trésor de guerre demeuraient mes quelques poèmes, mes quelques pages qui, en quelques moments de grâce déliés, avaient été façonnés par un esprit sincèrement obsédé par sa liberté mais qui, à force de se débattre, était plus que jamais étreint par le langage du temps, celui qui nomme.

Et je me suis ainsi lassé.

Oui, las de ce petit jeu, j’ai compris que s’il y avait poésie, elle se devait d’être sans témoin.

Mes remarques concernant le champ poétique contemporain émanent de cette simple idée : je vois parmi les écritures d’aujourd’hui de vaines tentatives de se ressentir singulier au sein du brouillard du multiple. C’est au stade du miroir qu’ils se trouvent, les poètes, tous imbriqués qu’ils sont les uns dans les autres, sans même parvenir à se voir entre eux ! Et sitôt qu’ils se découvrent quelques différences, ils revendiquent la forme trouvée, ce qui les distingue des autres, leur « style » dit-on, comme on placerait en haut des tours, le pavillon et ses armures…

Alors, dans toute cette confusion des soi et des inspirations, des revenances et des généalogies, il s’agit pour ces poètes de se déterminer, c’est-à-dire de prendre position en fonction des autres et de leur stratégie. Cela, tout en se déclarant libres et sans attache. Or, comme disait l’autre, qui agit contre, agit selon. N’es-tu pas d’accord ?

En outre, comment se singulariser dans un milieu qui n’intéresse personne et ce faisant augmente la vitalité narcissique du plus grand nombre ?

Pour ma part et suite au seul constat que je me devais d’être dans un seul corps et dans un seul temps, que je n’ai pas choisis (là réside la première déception de l’enfant qui se veut tout-puissant), j’ai préféré m’inscrire dans le simple système que me proposent les jalons de mon histoire et la langue qui me permet de la dire.

Ce système est simple, je le refusais naguère mais il m’offre aujourd’hui la possibilité de vivre à partir des blessures que je me suis faites au temps où je me refusais encore à cette évidence absurde : nous ne sommes là que pour un temps, une lettre nous habite, ici, c’est le moment de baisser les armes et d’entrevoir l’idée d’une mort heureuse. De se lier à elle, de sorte de se libérer des peurs du vivre et des duels intra-système provoqués par l’illusion d’une langue qui aurait le pouvoir de s’affranchir de la vie elle-même.

Faisons donc la paix en-soi et entre-soi car tout cela n’était que fiction et qu’advienne le temps non-littéraire d’un renouvellement du système spirituel que nous incarnons ici et ceci à partir d’un autre système, d’un nouveau complexe encore inconnu aujourd’hui.

Mon rejet actuel de toute poétique mystificatrice, de celle qui donne leur nom aux histoires personnelles et aux postures sociales, ne doit en aucun cas te faire penser que mon amitié pour toi s’est échappée.

Cette amitié, je te la renouvelle encore aujourd’hui avec force et sa stabilité, crois-moi, est plus actuelle que jamais. Elle n’est pas soumise aux vicissitudes de mes humeurs d’ancien révolté.

Mathieu

5 Messages de forum

  • Cher ami, 28 janvier 2012 10:09, par g.mar

    Belle leçon de force dans l’humilité d’une désillusion.
    A méditer, et relire chaque fois que pointent de nouvelles prétentions...

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  • Cher ami, 18 février 2012 11:54, par pioteur

    +1 Partage sur Facebook

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  • Cher ami, 10 mars 2012 16:40, par camoule

    Ma moitie ne sachant pas ecrire un com sur une page de blog. Du coup il avais envie de relever par ce commentaire qu’il est rejoui du contenu de ce blog internet.

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  • Cher ami, 9 octobre 2012 18:48, par camille

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  • Cher ami, 12 septembre 2013 19:15

    Un beau combat à mener il ne faut se décourager, je partage aussi sur Facebook !


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    Antoine

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